Insigne des anciens enfants de troupe
Insigne des anciens enfants de troupe

 

 

Je remémore le bon vieux temps, passé , au Séminaire et en très grande partie comme enfant de Troupe, militaire de carrière et réserviste actif.


 




Au début de ma retraite, j'ai passé 3 ans au sein d'un Club du troisième âge. J'en fus le Secrétaire et le Trésorier, puis le Président. 

 

Mon passage chez les Jésuites

 

Mon père me dit un jour : » Puisque tu te chamailles toujours avec tes frère et sœur, on te mettra en pension. Les circonstances firent qu’un jour, notre famille s’était rendue chez le Justin T…, un voisin, cultivateur et maire de son village, pour lui rendre visite. Cela représentait sept kilomètres à pied, par les sentiers, à travers champs et forêt. 
 
Se trouvait là, un autre visiteur, au col blanc et à soutane noire, à laquelle un immense chapelet pendait sur son flanc. Le fils T…, René était attablé dans leur salle à manger et semblait rédiger ses devoirs. 
 
Le Père B…, missionnaire recruteur, se mit à discuter avec mes parents. J’entendis une bribe de conversation qui me fit penser que l’on n’était pas venus en simple visite chez le Justin. 
 
En effet, on parla de dictée, des quatre opérations et d’un petit problème simple. Tout cela, je pouvais le faire en deux petites heures. Je rejoignis le René, qui composait et m’installai sur le côté libre de la table. La dictée ne me semblait pas facile. Elle parlait de toits et de pignons, que je confondis d’ailleurs avec pigeons. Le problème, par contre, était facile à résoudre. Après une composition laborieuse, le Justin nous paya les « Quatre heures ». Je me rappelle de son miel succulent, qui sortait tout droit de sa ruche, avec sa cire. 
 
Je compris tout de suite, en jetant un regard sur la mine du Missionnaire, que mon travail était satisfaisant. A la rentrée de Septembre 1949, je serais au séminaire de P… 
 
Justin nous conduisit, René et moi, à la pension, en Celtaquatre. 
L’accueil fut très débonnaire. Le Père supérieur avait une bonne bouille et un ventre d’Archevêque. Il nous fit prendre une copieuse collation, dans son logement particulier, avec tartines de beurre, de confiture et café à l’arôme inoubliable. Il faut dire que c’est la seule fois, dans cet établissement, que j’ai mangé du beurre, de la confiture et bu du vrai café… 
 
Je suis le plus jeune élève : j’ai huit ans. C’est étrange, je n’ai pas le cafard. Je découvre de nombreux camarades, avec lesquels je m’entend bien. Les journées sont bien remplies. Nous n’avons guère de temps pour penser à la famille. 
 
En effet, la vie au séminaire, c’est le réveil à 5 H 30. Sitôt levé, chaque élève va servir la messe basse, à raison de 2 élèves par ecclésiastique. Il y a une bonne vingtaine de curés… Après la messe, vers 6 Heures, on retourne au dortoir, pour se laver et faire son lit. 
Vers 7 Heures, nous nous rendons au réfectoire, où l’on nous sert invariablement : café au lait (très baptisé) , tranches de pain et compote de pommes. Les cours commencent à 8 Heures et sont précédés du « Pater Noster », que l’on récite au garde-à-vous. 
Mêmes matières qu’à l’école communale, sauf que les punitions sont plus rigoureuses : 
ü 1000 lignes à copier, si fautes d’orthographe, 
ü Coups de règle sur les doigts si dissipation en cours, 
ü A genoux, au pied du bureau du Père instituteur, les bras en croix. 
ü Pour les plus grosses punitions, les bras en croix sont alourdis par un livre plus ou moins lourd, dans chaque main. 
 
A 11H30, les cours s’arrêtent, mais il n’est pas encore l’heure du repas. En attendant de se colmater l’estomac, toutes les classes(grands et petits), se mettent en file indienne et marchent en formant un grand cercle dans la cour, en récitant le chapelet. 
Enfin, il est midi. Nous rentrons calmement dans le réfectoire, car celui qui manifeste de l’empressement est invité à rentrer le dernier. Les tables des élèves sont disposées dans le sens de la longueur de la pièce. La table des Pères Missionnaires est disposée perpendiculairement aux nôtres. Une clochette est disposée en son centre, à la portée du Père Supérieur. Elle ne donne que deux ordres au cours du repas : »se taire », pendant la lecture d’un passage de l’Evangile et « vous pouvez parler », lorsque la lecture est faite. Chaque jour, un élève est désigné comme lecteur. Il se rend sur une estrade située dans un angle du réfectoire , où trônent une table et une chaise. 
 
La qualité des repas était inférieure à la moyenne. Je m’en accommodais. Par contre, la boisson était un mélange de piquette, fortement allongée d’eau et qui sentait fort le bouchon. Nous appelions ça, de « l’eau de bouchon ». Je me souviens de mon voisin de table, qui ne pouvait souffrir les épinards. Un beau jour, il y en eût au menu. Il se força, sous la menace d’un Révérend, d’en ingurgiter, mais il renvoya tout dans son assiette. Le Père de Service, lui fit remanger le contenu de son assiette. 
 
Le dessert ne variait guère. Le séminaire avait de grands vergers où les pommiers foisonnaient. Midi et soir, nous avions une pomme près de notre assiette .Quand je pense que c’était le fruit défendu de l’Eden … 
 
L’après-midi, nous reprenions les cours, de la même manière que le matin. Après le repas du soir, vers 19h30, nous retournions en étude, en salle de classe. à, nous rédigions nos devoirs et nos punitions. 
 
Certains Révérends étaient, j’en fais le rapprochement aujourd’hui, quelque peu ce que l’on appelle aujourd’hui, pédophiles. Lors des visites médicales, les élèves étaient invités, individuellement , à se mettre tout nus sur la table d’auscultation. Les palpations se prolongeaient indéfiniment. Aucun n’était médecin… 
 
Les jeudis après-midi étaient consacrés à la promenade. Invariablement , nous avions droit au même trajet. Par un bel après-midi d’automne, nous marchions en colonne par trois. Je devisais en queue de peloton ,avec un camarade. Nous n’arrivions pas à suivre la cadence, avec nos courtes pattes. Au bout d’un moment, nous nous retrouvions seuls dans la nature. Les Missionnaires d’accompagnement ne s’étaient pas soucié des retardataires. Peut-être étaient ils plongés en pensées dans leur bréviaire, ou reluquaient-ils les fesses en mouvement de quelque petit giron ! 
 
Nous avons marché longtemps, en rase campagne, avant d’apercevoir une ferme. Nous expliquons nos déboires au fermier. Après nous avoir rassasié d’une copieuse tartine de beurre et d’un onctueux café au lait, ils nous ramenèrent au séminaire, en voiture. 
De ce fait, nous n’étions pas en retard, par rapport aux marcheurs, mais nous avons eu droit aux remontrances véhémentes du Père Supérieur et à copier mille fois « Je ne dois pas me perdre dans la nature » 
 
Le sport était à la charge du Père T… Je le revois, courir après le ballon, la soutane flottant aux quatre vents, semblable à un Soufi. 
 
Le Père V… était aussi un sportif. Un jour qu’il fallait réparer une gouttière du bâtiment principal, l grimpa sur une longue échelle. Quelle ne fut pas ma surprise, il était en caleçon, sous sa soutane… 
 
La messe du dimanche était fastueuse. es missionnaires étaient affublés de chasubles aux couleurs variantes, en fonction des évènements à célébrer. Les servants portaient la soutane rouge et le surplis blanc. Les deux plus jeunes élèves, dont je faisais partie, endossaient par contre, des soutanes bleu-clair. (du bleu pour les bleus !) 
 
Nous attendions les vacances avec impatience, pour retourner au bercail et raconter plein de choses à la famille. 
A la fin d’un trimestre, je retrouvai mes parents, ravis et fiers de leur futur missionnaire de fils. Mais ils déchantèrent bien vite !  
Je ne voulais plus retourner dans ce « sanctuaire ». Par ailleurs, lorsque je me déshabillai, ils découvrirent avec stupeur, que mon corps était recouvert d’une épaisseur de crasse, digne de faire peur à Mère Térésa ! Les chambres non chauffées, les Révérends indifférents à notre hygiène et mon jeune âge, avaient contribué à cet état de chose. 
 
C’est là que prirent fin les espoirs de mes parents. Ils ne voulurent pas reconduire l’expérience du séminaire. 
« Tu n’iras pas au séminaire, mais tu iras aux Enfants de Troupe, me dit mon père…


 

La chanson des Enfants de Troupe

J'ai 15 ans
J'ai 15 ans

J’évoque ici des souvenirs de mon passage à l’ EMPT du Mans, non pas comme un roman, mais au fils des idées qui me reviennent. Cela peut paraître un peu décousu, mais je n’ai pas hélas, le talent de Victor Hugo…

 

Après un séjour bref dans un séminaire où je suis entré à l'âge de 8 ans, j'ai été admis par concours à l'Ecole Militaire Préparatoire Technique du Mans (EMPT). J'avais alors 12 ans et au mois de Septembre 1954 je quittai de nouveau ma famille qui résidait près de Mulhouse, pour revêtir un uniforme bleu et des godasses à clous. 
 

Mes compagnons de chambrée
Mes compagnons de chambrée

EMPT signifiait: « Ecole Militaire Préparatoire Technique ». D’aucuns désignaient ce sigle par « Enfant Malheureux Pour Toujours » ou bien « Ecole Maternelle Pour Toto » ou bien encore : « Ecurie Moderne Pour Taureaux ». Nous aimions faire des calembours et c’était à celui qui trouverait la meilleure désignation… 
 
Cette école était une ancienne caserne dont les trois bâtiments principaux étaient disposés en U, avec une cour d’honneur et le mât des couleurs en son centre. 
Le bâtiment principal comprenait la Direction, les salles de cours d’enseignement général et des chambres. 
Les deux autres bâtiments comprenaient en majorité, des chambres d’élèves.  
Les autres bâtiments abritaient les réfectoires, les ateliers, des salles de cours, la salle de musique, l’aumônerie, la chapelle, l’infirmerie ….j’en oublie, car 50 ans après la mémoire me fait défaut. 
Avec son magnifique terrain de sport, l’ensemble couvrait une superficie d’environ 10 hectares. 
Il faut dire que des générations de piou-pious étaient passées là avant nous, vu l’abondance de fers à chaussures rouillés que l’on trouvait sur le sol. 
Le Commandant de l’école était alors le Colonel Perraut. D’un abord très père de famille, il commençait toujours ses discours, lors des cérémonies, par : « Mes chers garçons ». 
 
Lors de notre arrivée, nous avions endossé un uniforme bleu avec béret, deux paires de brodequins à clous, et touché un paquetage qui pesait aussi lourd que nous et qu’il a fallu se coltiner sur le dos sur 400 mètres de distance, jusque dans nos chambrées. 
 
Ces chambrées comportaient une vingtaine de lits, alignés de part et d’autre de la chambre. Sur les murs opposés, des étagères en bois, compartimentées et destinées à recevoir le paquetage de chaque élève. Le sac à paquetage recouvrait les vêtements dans chaque alvéole. Le rangement devait être fait « au carré », sinon, les effets étaient tirés en bas, sur le plancher par le sous officier chef de section ou l’adjudant de Compagnie et il fallait tout remettre en place correctement. Par vice, certains s/s officiers faisaient cette opération juste avant l’extinction des feux, de manière à ce que l’on remette notre paquetage en ordre dans le noir absolu. 
 
Un élève par chambre était désigné comme chef de chambre. Chaque jour également, un élève était de corvée de chambre. Ils devaient rester en tenue tous les deux pour présenter l’appel au sous-officier de semaine qui passait entre 20h30 et 21 heures. Les autres élèves devaient être couchés et leurs habits rangés correctement sur leur tabouret, au pied du lit. 
 
Ces chambres n’étaient pas chauffées. Le fameux hiver 1956 reste dans nos mémoires. Sur nos couvertures, nous avions étalé nos deux capotes, nous nous enfouissions dans nos draps, les chaussettes au pied, (quelquefois autour du cou) et après avoir grelotté un bon moment, on s’endormait pour se réveiller au milieu de la nuit, transis jusqu’à la moelle et cherchant quelques habits à rajouter sur les couverture. 
Au réveil, le gant et la serviette de toilette qui étaient pendus à la barre, à la tête du lit étaient gelés. Pendant quelques jours, même les robinets des lavabos avaient rendus l’âme… 
 
Mais heureusement, les saisons changent et nous passions quand même de bons moments. Les batailles de polochons, le catch, les lits en portefeuille ou en bascule, les processions d’une chambre à l’autre…. 
 
En parlant de procession, une anecdote me revient en mémoire. Un soir avant l’appel, un camarade de chambre avait mis ses habits sur son tabouret, le caleçon par dessus, avant de se mettre en pyjama et était parti dans une autre chambre pour discuter avec un copain. Son caleçon, pas très propre donna une idée à un élève. Il prit le balai, l’encapuchonna avec le dit caleçon, tenant le balai comme un crucifix et entonna le cantique « Je suis chrétien, voilà ma gloire ». Instantanément, la chambrée reprit le cantique à l’unisson et chacun suivit en procession, dans toutes les chambres voisines, l’élève avec son « crucifix ». Le pire, c’est ce qui nous fit rire jusqu’aux larmes pendant un bon moment, c’est que le propriétaire du caleçon, suivit notre cortège et chantait à qui mieux mieux, sans savoir qu’il était à l’origine de cet évènement. 
 
L’anecdote suivante concerne une farce faite à un sous-officier qui n’était pas très sympathique avec nous et qui avait l’habitude en passant l’appel du soir, de donner un grand coup de pied dans la porte de la chambre pour l’ouvrir. Or, nous avions remarqué qu’à force de donner des secousses à cette porte qui était vitrée en sa partie supérieure, cette vitre ne tenait plus qu’avec une petite pointe, le mastic ayant disparu depuis longtemps. Je ne sais plus qui eut l’idée, mais si on enlevait la pointe, le carreau serait prêt à tomber… Ce qui fut dit fut fait et un beau soir avant l’appel, la pointe fut arrachée et lorsque le sous-off. donna son coup de pied à la porte, il reçut le carreau sur le museau et en voulant le rattraper, s’entailla légèrement la main. Il ne fut pas dupe de ce traquenard et demanda au responsable de se désigner. Comme nous faisions tous semblant de dormir, il nous dit : 
- rira bien qui rira le dernier. 
Le lendemain, toute la chambre fut convoquée au bureau du commandant de Batterie. Bien sûr, en bon AET qui se respecte, personne ne se dénonça. Alors nous écopâmes de 1 jour d’arrêt collectif, toute la chambre partit aux vacances de Pâques un jour après les autres… 
Mais nous avions cette fierté d’avoir tenu bon face aux menaces et d’avoir donné une leçon à un chef qui n’était qu’un rustre. 
 
Une autre distraction de notre chambrée, grâce au grand Th…, qui allait souvent dans les guinguettes, il nous apprenait à danser. Il fallait voir ses démonstrations. La valse à 4 temps n’avait pas de secret pour lui et après ses démonstrations, on prenait une chaise en guise de cavalière et l’on glissait allègrement, avec la souplesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, sur le parquet. La musique sortait de mon poste à transistors que j’avais gagné en travaillant dans une brasserie pendant mes vacances précédentes. 
 
Quoi dire encore sur les chambrées ? 
 
Le matin, à 6 heures, un élève de la musique allait se placer au pied du mât des couleurs et s'époumonait à nous claironner le réveil. Aussitôt après, le s/s off. de semaine, accompagné de notre adjudant de compagnie, passait dans nos chambres pour se charger de nous sortir du lit au plus vite. Ce bon adjudant Hagard qui reste gravé dans nos mémoires, faisait irruption dans la chambre, en criant fermement: 
– Allons pressons ! ‘Gard'avous, pied du lit!’ 
Nous avions vite fait de sauter hors du lit, car nous le craignions un peu, mais dans le fond, c’était pour moi, le meilleur des hommes. 
 
Le soir, le Clairon de service sonnait l’extinction des feux à 22 heures. Nous devions alors éteindre les lumières dans les chambres. Après les rondes du s/s off de semaine qui vérifiait que toute la chambrée dormait, bon nombre d’entre nous tiraient de sa cachette, son paquet de gauloises et son briquet pour fumer avec délection, une bonne « biffe » avant de plonger dans les bras de Morphée. 
Il faut dire que nous n’avions pas le droit de fumer et que celui qui se faisait prendre écopait de cinq jours d’arrêts, c'est-à-dire qu’il partait en vacances cinq jours après les autres…
 
Nos Professeurs: 
 
Je garde un excellent souvenir de nos professeurs d'enseignement Général et aussi de ceux de la Technique, qui, de la Cinquième jusqu'en Première, se sont efforcés de nous inculquer l'éducation et l'enseignement qui nous ont été profitables tout au long de notre carrière et dans la vie de tous les jours. 
 
L'esprit Enfant de troupe oblige, nous avions trouvé un sobriquet pour chaque professeur et moniteur d'atelier, mais ce n'était pas méchant. 
Celui d'Allemand, Mr Hubert, c'était « Bébert ». C'est grâce à lui que j'ai pu apprendre les rudiments de la langue de Goethe, que je manie encore aujourd'hui.Les récitations qu'il nous apprenait et les « Lieder », restent bien gravées dans ma mémoire et je me surprend parfois à fredonner « Röslein Rot » ou bien à réciter les premières strophes de « Erlkönig ».

Prof. de Maths.
Prof. de Maths.

Je me souviens également de deux professeurs de maths. Le premier que j'ai eu en Cinquième,Mr Robieux, postillonnait à outrance en faisant ses cours et lorsqu'il interrogeait un élève au tableau, il le renvoyait à sa place d'un magistral « A ta place zérrrro! », s'il ne pouvait répondre à sa question. 
 
Le second, Mr Gache, que j'ai eu en classes de Troisième et de Seconde, était un original.Pour faire un cercle au tableau, il partait du fond de la classe, la pointe de son grand compas en avant, et arrivé au tableau,il l'enfonçait violemment dans le bois tendre du tableau, ce qui faisait un petit trou. Alors, négligeant son compas, il prenait une craie et traçait son cercle à la main, en prenant comme centre, le trou qu'il venait de faire. 
Il surveillait les compositions d'algèbre ou de géométrie avec discrétion. Pendant que l'on planchait, 
il lisait son journal à la verticale, de manière à ce que l'on ne lui voie pas la tête, mais le premier qui copiait sur son voisin était vite rappelé à l'ordre. Gache avait percé un petit trou dans son journal, ce qui lui permettait de voir toute la classe.

A l'instar du Simon Chalumeau de Yves Gibaud (Allons z'enfants), ma préférence allait aux professeurs de français. En Cinquième, nous en avons eu un jeune qui se grattait souvent entre les jambes, pendant son cours et se servait aussi du bureau pour se gratter. Comme nous avions repéré son tic, l'un d'entre-nous eut un jour l'idée d'imprégner le champ de son bureau, côté professeur, avec de la poussière de craie. Justement, ce jour-là, il nous faisait étudier « La mare au Diable » de George Sand, où il était question de la Petite Marie et de son fiancé. Tout en faisant son cours, il se frottait le bas-ventre contre son bureau, ce qui occasionna une grosse trainée blanche à hauteur de sa braguette. Ce fut pour nous, une belle partie de rigolade.La même chose, encore plus comique s'est produite pendant que nous étudiions « Le Bourgeois Gentillhomme » de Molière. Arrivé au passage du Menuet , il se mit à le chanter sur l'air de Lulli et à danser devant la classe, hilare à outrance.

Tonton Mol's
Tonton Mol's

Un autre professeur de français, au caractère très doux, était surnommé « Tonton Mol's » (car il était aussi professeur de physique-Chimie). Un élève dissipé et moqueur ayant exagéré dans ses mimes burlesques, Tonton Mol's le semonça en lui disant: 
vous voulez que je vous punisse ? (silence de l'élève). 
Et bien je ne vous punirai pas ! 
Paraît-il qu'il servait autrefois dans la Légion Etrangère... 
 
Le dernier professeur de français dont je me souvienne, c'est Mr Boguet. D'un âge bien mûr, il s'efforçait de nous faire connaître les auteurs classiques et avait un faible pour Jean Giono. 
Un jour, qu'il faisait un exposé sur cet auteur, il nous promis de nous lire quelques passages d'une de ses oeuvres qui chantait si bien la Provence. En voyant les élèves qui discutaient entre-eux et qui chahutaient discrètement, il nous dit: 

  • Ce n'est pas la peine de donner de l'avoine à des cochons ! 
    La lecture de ce chantre méridional nous passa donc sous le nez, à mon grand regret...
     
    Des professeurs d'enseignement technique, je garde également un excellent souvenir. 

Arsène Pinson
Arsène Pinson

Le premier moniteur d'ajustage, ce fut Mr Pinson (Arsène pour les intimes). Il nous apprit à manier la lime à traits croisés, l'équerre, le pied à coulisse, le marbre et la sanguine. 
Un jour que j'avais rechargé le poèle à charbon, je maniais le crochet de fourneau à la Dartagnan et renversai une boîte d'huile. Arsène me vit et me colla une gifle magistrale...bien méritée!

Mr Burlot
Mr Burlot
  • Le suivant, Mr Burlot, était plus jovial et avait des méthodes bien à lui pour nous apprendre les techniques de l'ajustage. Lorsqu'un élève venait lui montrer sa pièce à réaliser, il ne prenait pas d'équerre pour la vérifier. Il mettait son index à l'angle droit, le posait sur le chant de la pièce et nous disait: 
  • Il y a du faux d'équerre, limes donc de ce côté-ci ! 
    Pour vérifier la face d'une pièce, au lieu de la passer à la sanguine, sur le marbre d'atelier, il passait la pièce sous le talon de sa chaussure et annonçait avec sérieux: 
    Il y a une bosse ici, redresses moi-ça comme il faut ! 
    Mais il avait le coup d'oeil et n'avait pas besoin d'instrument de vérification pour voir si une pièce était correcte. Il venait périodiquement me voir à mon poste de travail, me donnait un léger coup de marteau sur l'omoplate et me disait: 
  • Alors Napoléon, ça va? 
  • Oui m'sieur ! 
  • Bon, ben continue !
Prof d'étau-limeur
Prof d'étau-limeur
  • Je me souviens du premier moniteur d’étau-limeur. Un petit bonhomme tout frêle et tout rabougri, son légendaire béret en permanence sur sa tête. Il était asthmatique et avait sans cesse recours à un appareil de première génération, actionné par une poire en caoutchouc. De ce fait, nous l’avions surnommé « Pouet-Pouet ». Dès qu’il s’était mis une dose de pulvérisant dans la gorge, il se précipitait vers le poêle à charbon et crachait de gros « glaviots verts » dans le foyer.  
    Le second moniteur d'étau-limeur, Merkaïm Scémamma, de forte carrure, avait sa marotte: nettoyer à fond sa machine-outil et ses accessoires en fin de travail. Son mot-clé était chaque fois: Gratte, gratte, frotte, frotte. C'est donc de ce surnom qu'il fut affublé. 
     
    Celui de fraiseuse, dont le nom est oublié mais le surnom m'est resté en mémoire, c'était « J'vas ». 
    En effet, avant de commencer chaque phase d'une pièce, il nous disait toujours:  
  • J'vas vous montrer comment faire ! 
    Quand un élève commettait une erreur de manipulation sur sa fraiseuse, il faisait tout stopper et nous rassemblait autour de lui, en nous annonçant d'une voix forte: 
  • V'nez ouar la connerie qu'il a faite ! 
    Un moniteur de tour avait un tic. Il produisait un bruit de succion alternatif avec sa bouche. De ce fait, nous l'avions surnommé « Vitelloise » (l'eau qui chante et qui danse). Toutefois, c'était un excellent enseignant. 
     
    Lorsque le directeur des Ateliers se trouvait dans les parages, nous en étions aussitôt avertis. En effet, les cigarettes américaines qu'il fumait, avaient une odeur qui se diffusait dans nos narines. 

    Les Cadres Militaires 
     
    l'encadrement était constitué entièrement de militaires, comme dans un Régiment. A sa tête, un Colonel et un commandant en second. Chaque niveau de classe se retrouvait dans une Batterie. Les élèves de Cinquième et de Quatrième étaient regroupés dans une seule Batterie. Ceux de Troisième, de Seconde et de Première étaient dans des Batteries distinctes. Chaque Batterie était commandée par un Capitaine ou un Lieutenant. Il avait sous ses ordres une dizaine de Sous-officiers (dont un fourrier) et de soldats appelés, de bon niveau. 
    Pendant les heures d'études, ces gradés et soldats étaient nos « pions ». du 2° Classe jusqu'au grade de MDL/Chef, nous devions tous les appeler « Chef » quand nous nous adressions à eux. Je me souviens particulièrement des Appelés. 
     
    Le premier fut Moretti, un ponte de la SNCF, pas toujours très tendre avec nous. Dans ses bons moments, il nous expliquait le fonctionnement des locomotives électriques, avec un faible pour la « BB 9004 » et aussi pour le futur train de métro à pneus. 
    Il y eut ensuite le Brigadier/Chef Goumas (surnommé BCG), qui se targuait d'être sous-ingénieur électronicien. Pas mauvais type, plutôt cool, mais assez vantard, alors on le faisait causer et se prêtait fort bien à notre manège, nous racontait des histoires abracadabrantes à tel point que son surnom changea pour devenir « le Foxeur ».

"Mère Poule"
"Mère Poule"

« Mère-Poule », un autre éducateur originaire de St-Calais, dans la Sarthe, me laisse également une excellente impression. Il parlait peu, (tous les philosophes vous diront que le sage se tait) mais montrait de tels égards et gentillesse envers nous que son surnom lui allait comme un gant.

"Boeuf"
"Boeuf"

Le MDL/Chef Laurent : Ce sous-officier , du genre éducateur-type n’est pas resté inaperçu des élèves. En effet, de par sa stature imposante, nous l’avions surnommé : « Bœuf ». Peu d’entre-nous contestions ses ordres. A mon arrivée à l’école, les classes de cinquième et de quatrième étaient commandées par un lieutenant de très petite taille , jeune et maigre. Bœuf était son éminence grise, toujours derrière lui. Hormis les galons qui les différenciaient on aurait pu croire que c’était « Bœuf » le patron , tant sa prestance était colossale. 
 
Un autre éducateur, auquel il lui manquait une incisive, coinçait sa cigarette dans le trou de sa dent arrachée, avait reçu d'emblée le sobriquet de « Dent Cariée ».  
 

"Souchu"
"Souchu"

le MDL/Chef Souchu: Ce sous-officier d'encadrement venait des parachutistes. Inapte physiquement, Il avait été muté dans cette école, comme chef de section. Sous des apparences d'un vrai garde-chiourme, il n'était pas du tout sévère et nous en profitions pour le chahuter un peu. Je me souviens, alors que nous le guettions passer le long du bâtiment, sous les fenêtres de notre chambre située au troisième étage, nous lui avions balancé le contenu d'une boîte de 5 litres d'eau sur la tête. Il monta prestement aux étages et disait au fur et à mesure à chaque élève qu'il croisait : "vu ! c'est toi hein !tu seras puni! 
Mais il n'a jamais puni quiconque ce brave souchu !

"Cureton"
"Cureton"

Le moins aimé de ces cadres éducateurs « Appelés » fut sans aucun doute « Cureton ». Séminariste, petit, freluquet aux apparences timides, il savait donner des gifles retentissantes aux malheureux élèves qui causaient dans leur chambre, le soir après l'extinction des feux.

"Le Père Max"
"Le Père Max"

En ce temps-là... (non, ce n'est pas le début d'un évangile, rassurez-vous) nous devions subir l'instruction religieuse obligatoire, et assister à la messe tous les dimanches,sauf si les parents s'y opposaient. Le père Max était notre aumônier. D'un abord très jovial, il était la bonté même. 
En 1955, au début de la guerre d'Algérie, il avait été là bas en voyage quelques jours, dans une communauté religieuse. A son retour, il nous commenta ses impressions.  
« Bien sûr, il y a des attentats, nous racontait-il, il y a danger de se promener seul dans les rue d'Alger, mais moi, il n'y a aucun risque que cela m'arrive ! En effet, je suis pour eux un Marabout et un marabout, c'est sacré pour eux, personne n'a jamais touché un religieux ! » 
 
Au vu des évènements qui se sont passé par la suite et qui se passent encore aujourd'hui, il se trompait fort,ce brave prêtre, mais à l'époque il y croyait ferme !

Une "virée" en ville
Une "virée" en ville
Egoûts
Egoûts

En cette année de grâce 195., j'étais élève à l'EMPT du Mans. 
Mes quinze printemps venaient tout juste de s'afficher. A cette époque, pour des gamins de notre âge, il n'était pas question de sortir en ville. Seules les promenades en groupe, encadrés par des sous-officiers de l'école, avaient lieu chaque dimanche après-midi, en colonne par trois et au pas cadencé sur le tiers du parcours. 
 
Aussi, les jeudis après-midi, réservés aux sports collectifs, nous rêvions d'évasions. 
 
Faire le mur comportait des risques. Des camarades s'étaient déjà fait prendre par l'Adjudant de Compagnie. D'autres, moins chanceux, avaient essuyé, en pleine tentative nocturne de franchissement du mur d'enceinte, des rafales de pistolet-mitrailleur, la sentinelle de faction les prenant pour des malfaiteurs.ou des commandos de l'O.A.S. Il est vrai qu'en ce temps-là, nous vivions les heures les plus chaudes de la guerre d'Algérie. Les gardes avaient partout été mises en alerte et renforcées. 
 
Dans tous les cas, ces élèves étaient renvoyés de l'école, sans autre forme de procès. 
 
Nous étions quatre copains : S..., alias "Maccab's", B.., dit "Minus", N., dont le sobriquet était "Grand Blaze" et moi-même, surnommé "Gégène". L'objet de nos préoccupations d'alors était de trouver un moyen nous permettant de sortir en ville, sans risquer le "châtiment suprême". 
 
C'est un jeudi après-midi que nous trouvâmes le "truc". Nous étions parqués dans un terrain vague, à l'intérieur du Quartier, qui servait de cour de récréation et de terrain de football.. "Minus", "Grand Blaze" et "Maccab's", tout comme moi, n'étaient pas des acharnés du ballon rond. Aussi, nous formions un petit clan et l'on se promenait dans la cour, tout en évoquant les prochaines permissions et la petite amie qui nous attendait au pays. 
 
Or, tandis que nous "élucubriions " de la sorte, notre attention se porta sur une plaque d'égout métallique, qui se trouvait dans un angle mort du terrain vague. Notre curiosité nous amena à soulever le couvercle. On s'aperçut que cette trappe débouchait dans un trou profond d'environ trois mètres, par lequel on pouvait accéder à l'aide de barreaux en fer. 
 
Personne d'autre à l'horizon ! Notre ami "Maccab's" fut le premier à descendre l'échelle et ne tarda pas à remonter en suffocant.  
 
"Il y a une galerie ! Mais on n'y voit que dalle. et ça chlingue par-dessus le marché !" 
 
Chacun à notre tour, nous fîmes la même exploration pour constater qu'il avait amplement raison. 
 
A partir de cette découverte, notre imagination devin débordante. Il fallait y revenir un jour, avec l'équipement "ad'hoc" afin de faire une exploration en profondeur, car il y avait peut-être là, un moyen discret de se propulser à l'extérieur de l'école. 
 
Le jeudi suivant, notre "bande des quatre" se retrouva devant la plaque d'égout, en tenue de sport, avec les modestes objets que nous avions préparés : une lampe électrique et un morceau de craie. 
Nous nous engageâmes dans la galerie, "Minus" en tête avec sa lampe et son bout de craie. Au bout de quelques mètres de parcours, nos baskets étaient submergés par vingt centimètres d'eau sale et pestilentielle. Qu'à cela ne tienne, il nous en fallait bien plus pour nous arrêter.  
 
En continuant notre progression, une lumière, sur la partie supérieure droite de la galerie attira notre attention. En s'y approchant, on s'aperçut que c'était un regard comme il y en a sur le bord des trottoirs, pour écouler les eaux de ruissellement. Par cette lucarne, on voyait passer les piétons à quelques centimètres de nos têtes.  
 
- "ça y est" s'exclama "Grand Blaze", on est en ville. 
- "Vise un peu les belles cuisses" reprit "Minus", en lorgnant une fille en jupette qui passait tout près. 
 
Trois sifflements admiratifs retentirent aussitôt, lui confirmant que son appréciation était rudement bien fondée. 
 
En continuant notre cheminement, nous débouchâmes sur un carrefour. Trois galeries se trouvaient devant nous. Laquelle prendre ? Prudent, "notre tête de file" traça une flèche à la craie sur le mur de celle que l'on avait choisi de prospecter. 
 
A quelque distance de là, ce fut tout à coup l'obscurité complète. "Minus" avait laissé choir sa lampe dans le magma gluant qui embaumait nos pieds. 
 
- eh bien ! On n'est pas dans la "merde" les gars. Si on n'a plus de loupiote, comment va-t-on pouvoir rejoindre la "Boite" ? Leur fis-je d'une voix peu rassurée.- " ne bougez pas, je l'ai rattrapée, mais elle ne marche plus" nous annonce le petit "Minus". 
 
Après quelques minutes de panique, pendant lesquelles nous tentions de remettre la lampe de poche en état, nos efforts furent récompensés : elle fonctionnait de nouveau. 
 
Notre progression reprit. Tout à coup, une plaque d'égout apparut au-dessus de nos têtes. En concentrant nos efforts pour la soulever, quelle ne fut pas notre stupéfaction lorsque nous tombâmes nez à nez avec une bonne-sour, la cornette évasée et les yeux ronds comme des agates. Elle était au bord de la syncope la Révérende. L'apparition soudaine des fils de Chronos sortant de l'Hadès ne l'aurait pas moins étonnée en voyant nos têtes auréolées sortir de terre, qui la dévisageaient avec étonnement. 
 
Cette hasardeuse exploration nous avait conduit au beau milieu de la cour de récréation d'un pensionnat de jeunes filles. Nous n'avions pas fait long feu pour rabaisser la plaque et baliser le secteur d'un signe kabbalistique avec le morceau de craie. Un itinéraire fort intéressant était déjà tracé. 
 
Notre voyage orphique n'était pas terminé pour autant. A quelques centaines de mètres plus loin, une autre plaque, identique à la précédente, nous intrigua. Allions-nous faire le même genre de découverte ? Le couvercle soulevé nous révéla un quartier modeste de notre bonne ville. Nous étions arrivés en face du cinéma "Le Caméo". Les portraits géants de Clark Gable et d'Ava Gardner s'offraient à nos regards ébahis. A l'instar de Thésée, nous avions tracé à la craie, dans tout cet imbroglio de galeries, le fil d'Ariane nous conduisant à la sortie du labyrinthe.  
 
Dès lors, nos incursions intra-terrestres se multiplièrent. Bien sûr, aucun d'entre nous n'en souffla mot aux camarades de chambrée. Les timides prospections du jeudi après-midi firent progressivement place à de véritables équipées nocturnes. Lorsque nos fonds nous le permettaient, les "quatre mousquetaires" attendaient que l'extinction des feux soit passée, pour quitter discrètement la chambre, baskets aux pieds, chaussures basses et lampes de poche à la main, jusqu'à la porte d'entrée de notre base secrète (la plaque d'égout de la cour de récréation).  
 
Par ce tunnel providentiel, nous nous rendions de temps en temps au cinéma pour y voir le dernier "navet" du moment. Puis après avoir ingurgité un dernier bock de bière et assuré nos provisions de cigarettes au café du coin, reprenant notre itinéraire souterrain, nous regagnions nos chambres à pas de loup, avant de sombrer béatement dans les bras de Morphée.
 
 
Bernard SAUNIER (L.M 54-60)

La musique de l’EMPT du Mans,où j'ai joué de la clarinette pendant 5 ans, m’a permis d’effectuer des déplacements dans tout l’Ouest de la France et dans la Région parisienne. 
En 1955, nous défilons à Rennes, derrière la musique de la Garde Républicaine à cheval. Autant dire que nous devions régler notre pas, à la cadence des chevaux. Ce jour-là, nous avons mangé au restaurant et le souvenir que je garde encore, c’est d’avoir mangé de la baguette de pain frais, car à l ‘école militaire, nous n’avions que du pain rassis à se mettre sous la dent. 
Au cours de ce repas, notre brave Caporal/Chef Rezé, qui était l’adjoint du chef de musique, nous a chanté « La Frangine », chanson qu’il nous « rataponnait » de sa belle voix, à chaque sortie. 
 
Une autre sortie qui m’avait marqué, en 1958 nous sommes montés à Paris, au Palais de Chaillot, à l’occasion des « Nuits de l’Armée ». Le Général De Gaule y assistait comme spectateur. Nous avons joué quelques marches militaires, dont la 2° DB. Le Grand Charles, je n’ai pas pu le voir, car la salle était obscure et l’estrade où nous figurions était fortement éclairée. Je souffrais horriblement des pieds, ce jour-là, ayant perçu des souliers neufs, pour cette occasion. Le lendemain, nous nous sommes rendus à l’Arc de Triomphe, pour ranimer en fanfare, la flamme du soldat inconnu.

Autre déplacement mémorable : Le Salon de l’Enfance à Paris, en 1957, où nous avons joué tant et plus, des marches militaires. Il y avait de nombreux stands. Parmi ceux-ci, je revois la célèbre speakerine de la télévision : Jacqueline Caurat, qui tenait un stand de philatélie. Avec quelques copains, nous lui avons demandé de nous signer un autographe, qu’elle nous a donné en toute complaisance. Comme je n’avais pas de papier sur moi, je lui ai tendu un billet de 100 francs, qu’elle a signé en souriant. Je l’ai gardé longtemps, ce billet, puis un jour, je l’ai échangé contre une montre. 
Nous étions hébergés à Vincennes, dans un fort qui était alors, un centre de repos de la Légion Etrangère. Pour faire plaisir aux Légionnaires, le chef de musique nous fait jouer : « Le Boudin ». Je les revois tous aux fenêtres, ces Légionnaires, étonnés, joyeux, souriants à qui mieux-mieux, dans leur barbe ou leur moustache. Dès la fin du morceau, après avoir formé les faisceaux avec nos instruments de musique, nous les avons vus arriver vers nous, la larme à l’œil et le sourire reconnaissant. Chaque légionnaire invita un élève avec lui et, direction le foyer, ils arrosèrent très copieusement cet événement. Autant dire que bon nombre d’entre nous se trouvait sous l’emprise de Bacchus, à la sortie du foyer.

 

Un voyage également mémorable à cette époque, lorsque nous nous rendîmes à Montreuil-sur –Mer, lors de la remise du drapeau de son ancienne école Militaire, à celle du Mans. La veille au soir, il y eut une retraite aux flambeaux à travers la ville. Notre musique y participait, ainsi que la fanfare des pompiers de Montreuil. Nous nous moquions un peu, beaucoup…de la fanfare des pompiers (Enfant de Troupe oblige…), car leurs canards fusaient à outrance. 
 
D’autres sorties dont je me souviens moins bien : Poitiers, Tours, Conlie, Ecommoy, Cholet…et bien sûr : les 24 Heures du Mans où , chaque année, nous jouions un morceau, juste avant le départ des « bolides ». 
 
En résumé, si je n’ai pas eu un grand talent de musicien, j’ai fait de belles sorties durant mon passage à l’EMPT. J’ai oublié la gifle magistrale que le chef de musique m’a octroyé alors qu’il m’avait vu fumer une cigarette. Je n’avais alors que 13 ou 14 ans…

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